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Le mobilier, le détail qui fait tout… ou presque Prestataires

© Géria Contract

L’environnement intérieur en Ehpad est primordial.
À cet égard, le mobilier non médical doit répondre à plusieurs impératifs : la fonctionnalité, le confort et l’esthétique. Un subtil mélange source de bien-être.

Lorsque l’on s’attelle à l’aménagement des pièces d’un établissement, il y a une règle d’or maintes fois répétée à laquelle il convient de ne pas déroger : « Il ne faut jamais perdre de vue que les établissements sont des lieux de vie où le confort hôtelier à toute sa place et ce, quel que que soit le handicap des résidents. Il est essentiel que le mobilier réponde à leurs attentes afin qu’ils se sentent chez eux », rappelle Laure Frères, Secrétaire générale et Directrice Qualité du groupe Orpéa. Le cadre de vie ne doit pas être déstabilisant mais, au contraire, générer de la sérénité. Et, pour éviter un changement trop brutal, certains Ehpad autorisent leurs pensionnaires à personnaliser leur chambre en apportant du petit mobilier, des objets et autres photos. Cette notion du « comme à la maison » est cruciale pour tout le monde y compris les proches. Et Christophe Canivet, Secrétaire général du groupe Géria, spécialiste de l’équipement mobilier, de rappeler que la décision d’entrée en établissement est souvent prise par la famille, or celle-ci « cherche à se déculpabiliser en faisant en sorte qu’il y ait le moins de rupture possible avec ce qui était le domicile du résident ».

Des univers traditionnels et gais

Plus largement, les concepteurs de meubles s’efforcent de se montrer innovants sans l’être trop pour ne pas tomber dans un excès de modernisme qui serait contre-productif. Ils suivent la mode sans la devancer et dépoussièrent des modèles devenus parfois ringards. Le credo consiste à trouver un juste équilibre entre le vieillot désuet et l’avant-gardisme, comme l’explique Frédéric Palfer-Sollier, chef du bureau Produits et designer chez Géria : « Nous avons progressivement abandonné le style Louis-Philippe qui était jusque-là courant dans les maisons de retraite. On nous demande en effet d’en sortir. De même, délaisse-t-on les meubles en merisier pour des tendances plus contemporaines. L’idée est que les résidents retrouvent un peu le même intérieur que lorsqu’ils vont chez leurs enfants. » Directrice médicale du groupe Orpéa, le Dr Linda Benattar, n’est pas partisane d’un design trop novateur : « Je ne suis pas favorable aux meubles de toutes les couleurs mais à des meubles confortables que les résidents auraient choisi pour eux et qui aient une fonctionnalité qu’ils connaissent. Nous avons fait une enquête interne et nous avons été quelque peu surpris du résultat. En effet, les gens aiment finalement les choses assez traditionnelles et surtout qui soient gaies, par exemple avec des décorations florales. »

© Géria Contract

« Une écriture décorative du sol au plafond »

Pour atteindre pareil objectif, il est désormais possible de joindre l’utile à l’agréable, l’esthétique à la qualité de fabrication. En effet, l’éventail des matériaux utilisables est de plus en plus large. Non seulement, la plupart (bois massif, panneaux stratifiés ou mélaminés etc.) peuvent être manufacturés mais ils possèdent en outre de nouvelles propriétés qui les rendent à la fois plus robustes et plus performants. Des matières antibactériennes traitées à base d’ions d’argent et qui empêchent la fixation de molécules indésirables ont ainsi fait leur apparition sur le marché. Elles permettent aux surfaces de rester saines en évitant la formation de champignons et de générer des infections. Elles sont en outre facilement nettoyables et ont une durée de vie supérieure à leurs devancières. Elles sont effet nettement plus résistantes aux chocs, aux rayures et à l’usure. Sans compter une palette de finitions extrêmement variées, ne serait-ce que dans le choix des teintes et des couleurs.

Reste que le meuble n’est que la partie d’un tout. Certes, les principaux fournisseurs font avec ce qu’on leur donne : autrement dit, ils interviennent dans des Ehpad bâtis depuis plusieurs décennies ou fraîchement construits mais dont ils n’ont alors pas été associés à la conception par les architectes. Néanmoins, une fois intra-muros, ils envisagent, parfois par le biais de leur propre bureau d’étude, l’aménagement de l’ensemble dans sa globalité et non pas seulement le positionnement et le choix de tel ou tel mobilier. Ils parlent alors « d’écriture décorative ». « Aujourd’hui, il y a un vrai travail qui ne porte pas que sur le mobilier mais aussi sur tout ce qu’il y a autour et qui est susceptible de le mettre en valeur comme les papiers peints, les appliques, les rideaux, les sols etc. Nous proposons un ensemble d’éléments qui vont du sol au plafond en passant par les murs en fonction de la spécificité de chaque pièce. Tout doit être coordonné », confirme Frédéric Palfer-Sollier. Et là encore, les directeurs souhaitent à présent que leurs locaux soient égayés : « Pendant très longtemps, on était dans les choses très consensuelles avec des couleurs un peu neutres, des gris ou des bleus clairs. Aujourd’hui, on commence progressivement à voir apparaître des tons un peu plus frais mais ce ne sont là que les prémices. On voit des mauves et des pastels avec quelques touches un peu flashy. »

Et dans les parties communes, il s’agit de créer une ambiance cosy, un tantinet intimiste, quitte à user de subterfuges comme des fausses cheminées ou des meubles dotés d’un plateau élévateur qui permet de cacher l’écran de la télévision lorsque celle-ci n’est pas utilisée.

S’il est évidemment hors de question de cloisonner les pièces, la notion d’espace ouvert et lumineux facilitant la déambulation étant primordiale, il est en revanche recommandé d’aménager des coins et des alcôves chaleureux et conviviaux composés, pourquoi pas, d’un ensemble de fauteuils.

Respecter l’identité régionale mais aussi celle des résidents

Enfin, un ameublement réussi implique, toujours dans un souci de continuité, de respecter l’identité régionale mais aussi celle des résidents. En clair, il requiert de se conformer autant que faire se peut au style local et d’éviter les fautes de goût, les éléments qui dépareillent avec le cadre géographie dans lequel est implanté l’Ehpad. Les grands groupes comme Orpéa veillent également à ne pas imposer une uniformisation froide et impersonnelle du mobilier à leurs établissements. « Même s’il est systématiquement validé en amont, il n’est pas le même partout, confirme Laure Frères. Nous l’adaptons et nous le déclinons localement, par exemple au niveau des coloris, pour respecter chaque environnement. »

Les goûts et les couleurs peuvent donc se discuter, leur prix aussi. En la matière, il y en a pour toutes les bourses ou presque et selon le cahier des charges fixé par la direction de l’établissement. Ainsi, le coût de l’ameublement d’un Ehpad de 80 chambres, hors mobilier médicalisé assimilable à des dispositifs médicaux, s’élève-t-il de 150 000 à 700 000 euros selon que l’on se contente de l’entrée de gamme ou que l’on verse dans le grand luxe. Mais quelle que soit l’option retenue, il faudra surtout quelle corresponde aux caractéristiques des personnes hébergées. Et là, il n’y a pas le choix.

Alexandre Terrini

 

Des meubles adaptés… mais pas trop

Bien sûr, une partie du mobilier d’un Ehpad est adapté aux spécificités de ses utilisateurs, a fortiori quand ils sont atteints de certaines pathologies. Mais il ne s’agit pas non plus de révolutionner le genre.

Une armoire ou un chevet doivent rester ce qu’ils sont et non pas prêter le flanc à des innovations hors-de-propos sous prétexte de favoriser l’activité cérébrale des résidents. « Cela me choquerait, affirme le Dr Linda Benattar, Directrice médicale du groupe Orpéa. Les personnes âgées ne sont pas des enfants dont on doit éveiller les sens avec des zones de découverte pour le toucher ou des couleurs attractives. Un meuble n’est pas fait pour ça. Il n’a pas d’autre fonctionnalité que son utilité première et il faut que celle-ci paraisse évidente aux pensionnaires. À mes yeux, un meuble doit simplement ressembler à ce qu’il doit être et à ce à quoi il doit servir. Il est indispensable de conserver la logique de l’objet. » Ce qui n’exclut pas d’apporter des modifications dans un souci d’efficacité. « Il est nécessaire d’avoir des ouvertures les plus ergonomiques possibles et de favoriser une véritable préhension avec des parties adaptables et des matériaux nouveaux plus malléables », suggère le Dr Linda Benattar. Exemple : «  Quand on est atteint de la maladie d’Alzheimer, on ne peut pas effectuer deux gestes en même temps. C’est pourquoi j’ai créé des meubles (armoire de salle de bain, tiroirs de commode etc.) que l’on peut ouvrir et fermer en deux temps sans avoir besoin d’une clef. » Le fabricant Géria propose, lui, des armoires adaptables selon le résident qui occupe le lieu : il est ainsi possible de masquer ou de retirer les portes pour ne pas inciter les personnes atteintes de troubles neurodégénératifs à avoir le reflexe de prendre ce qu’il y a sur les étagères, ce qu’elles seraient tentées de faire si les portes étaient fermées. En effet, le fait de voir en permanence ce que le meuble contient les rassure. Autre innovation fréquemment répandue en établissements, les tables incurvées de chaque côté qui permettent à l’aidant d’être face au résident et très proche de lui lors de la prise d’un repas ou de d’autres activités. Enfin, si le beau et le confortable sont de mise, il importe que les risques de blessure soient minimisés. D’où des meubles avec des arrêtes les moins vives possibles et des formes non anguleuses. Pour accroître les arrondis, certains étudient d’ailleurs la possibilité de coller sur les bords des bandes de silicone afin d’amortir les chocs éventuels

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