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EHPAD ‘Mag n°51: Interview de François Durovray, Président du département de l’Essonne Les interviews

Président du département de l’Essonne, François Durovray est confronté à un besoin croissant en terme de dépendance de ces administrés les plus âgés. En s’appuyant sur son expérience “terrain”, il porte un regard réaliste sur les mesures prises par le gouvernement , et nous parle des actions qu’il a mises en place localement.

Quel est votre regard sur la politique mise en place par le gouvernement pour le secteur médico-social, notamment la loi ASV et plus récemment la mission Flash EHPAD ?

François Durovray : La loi d’adaptation de la société au vieillissement traduit la volonté de mettre l’accent sur la prévention et le maintien à domicile avec, en particulier, la mise en place de la conférence des financeurs, la revalorisation des plafonds de l’allocation personnalisée d’autonomie et l’homogénéisation du pilotage de l’autorisation des services d’aide à domicile. Elle manifeste également la volonté d’asseoir la coopération avec les établissements et services médico-sociaux, sur un principe de contractualisation. Si l’effort est réel, les modalités de mise en œuvre ont été problématiques sur le fond comme sur la forme : une parution des décrets tardive, une marge d’interprétation des Départements conduisant à une application hétérogène, et surtout, une absence totale d’évaluation des impacts sur les Départements comme sur les EHPAD publics et associatifs. L’Essonne a appliqué  les dispositions de la loi ASV et ses décrets en essuyant bien des difficultés. Je vois la mise en place d’une mission flash EHPAD comme une nécessaire réappropriation par les parlementaires d’un sujet parfois abordé sous un angle trop technique. La lecture opérée par la mission flash sur l’action des départements est parfois à nuancer.

Quels sont selon vous les axes d’amélioration à apporter ?

François Durovray : Il faut en priorité simplifier les modèles de financement. Plusieurs autres  questions se posent, notamment sur le reste à charge en établissement. Concrètement quelles possibilités pour nos usagers qui ne bénéficient pas de retraites importantes ou de couverture prévoyance, et qui, pourtant, se refusent à recourir à l’aide sociale du Département pour éviter les futures récupérations sur succession ? L’absence de recours à l’aide sociale ne signifie pas pour autant l’absence de besoin. Aujourd’hui, nous avons peu de solutions pour trouver des recettes pour nos EHPAD : la question de la déshabilitation partielle de l’aide sociale peut se poser. Cela ne répond que partiellement aux enjeux. Il est temps qu’un choix soit opéré sur ces sujets de manière partenariale et transparente entre l’Etat et les départements.

Impossible de ne pas évoquer également la question de la situation des personnels en EHPAD, c’est-à-dire la valorisation de métiers éprouvant psychologiquement et physiquement. La Mission flash a mis en évidence un enjeu général d’amélioration des conditions de travail et de revalorisation des métiers. À ce constat, j’ajouterai que pour lutter contre d’absentéisme et les difficultés de recrutement en EHPAD, l’appui au management pour favoriser la transversalité dans les équipes est également un levier.

En tant que Président du Département de l’Essonne, quelles actions ou quelles mesures avez-vous prises pour répondre au besoin croissant de prise en charge de la dépendance des personnes âgées?

François Durovray : Le Département a approuvé en mars dernier son nouveau schéma de l’autonomie 2018-2022. Élaborée en étroite collaboration avec les territoires, la nouvelle feuille de route départementale s’articule autour de trois axes principaux : l’inclusion sociale, les solidarités et lutte contre l’isolement et l’offre de services et d’hébergement territorialisée et intégrée. Nous allons par exemple augmenter l’offre accessible en établissement en créant trois nouveaux EHPAD sur le territoire. Concernant l’aide à domicile, 107 Services d’aides à domicile  interviennent à ce jour sur le territoire. Ce sont de petites structures parfois fragiles et quelquefois confrontées à de vrais problèmes d’organisation. Nous allons donc soutenir leur réorganisation et leur professionnalisation via une démarche d’audit et d’accompagnement.

Enfin, nous lancerons prochainement un diagnostic sur la situation des aidants. En s’appuyant sur les partenaires du territoire, nous voulons construire une démarche concertée pour en finir avec le saupoudrage d’actions.

Quelle part représente le budget alloué au secteur médico-social dans le budget global du Département?

François Durovray : 23,6 % du budget départemental était consacré en 2017 aux personnes âgées et handicapées, soit 257,68 millions.

Crédit: Alexis Harnichard

L’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite est un enjeu capital pour maintenir ces personnes en autonomie, quelles dispositions sont mises en place pour favoriser cette accessibilité ?

François Durovray : La question de l’accessibilité ne concerne pas seulement le public à mobilité réduite, c’est aussi un défi collectif. De nos jours, la mobilité est en effet essentielle quel que soit notre âge, notre situation géographique, ou notre condition  physique. Le Département se mobilise, avec d’abord le dispositif de transport à la demande PAM91, qui permet le déplacement des personnes à mobilité réduite. Nous travaillons également à la mise en accessibilité de nos propres équipements. Nous avons enfin inscrit dans notre schéma une étude à mener pour une évaluation partagée de l’accès au transport et à la mobilité.

Quel est l’objectif de la plateforme « Bien vieillir en Essonne » ?

François Durovray : La plateforme « Bien vieillir en Essonne » visait initialement à  rendre lisible l’offre disponible sur le territoire, objectif que la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie assume aujourd’hui.  Aussi, le Département met actuellement à jour la plateforme afin de toujours mieux répondre aux besoins de l’usager en le plaçant au cœur du système. Nous nous orientons désormais vers la mise en place, au sein de notre site Essonne-.fr d’un espace de gestion de la relation à l’usager sur le modèle du portail Ameli.

Quels conseils donneriez-vous aux professionnels de santé pour améliorer leur quotidien en établissement ?

François Durovray : Les professionnels intervenant dans le champ des personnes âgées, et non exclusivement les professionnels de santé, font  un travail considérable malgré les difficultés. Les directeurs d’établissement doivent faire face chaque jour à un triple défi : favoriser la transversalité au sein d’équipes travaillant en temps contraint dans un cadre financier resserré, favoriser les passerelles et le partage des cultures métiers, et établir un projet commun qui fait sens.

En tant que Président de Département, je n’ai malheureusement pas en main tous les leviers permettant de faire évoluer ce secteur. Nous orientons la décision publique en renforçant bien sûr notre rôle de financeur, et aussi en étant un facilitateur d’expérimentations d’initiatives en faisant vivre le réseau d’acteurs sur notre territoire. Il en va du bien-être des usagers, et de notre volonté de répondre concrètement à notre engagement qui scande tous les âges de la vie « Essonne, terre d’avenirs ».

 

Propos recueillis par Ehpad’Magazine.

Crédit photos : Alexis Harnichard

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