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Interview Dossiers

 

« 8,76 centimes d’euros par jour et par résident consacrés à l’animation »

Né en 2000, le Groupement des animateurs en gérontologie (GAG) mène un travail de réflexion sur les fondements de l’action sociale et le rôle des animateurs en gérontologie. Ses priorités sont la professionnalisation des intervenants, l’amélioration des contenus de l’animation et le financement. État des lieux avec Bernard Hervy, président de l’association.

Comment se porte l’animation en Ehpad ?

Les résultats sont bons et mauvais à la fois. En matière de professionnalisation, la bataille que nous avons menée depuis 2003 a été gagnée même si cette professionnalisation n’est pas encore terminée. Il y a également eu des avancées sur la personnalisation des démarches, c’est-à-dire sur des animations qui correspondent au projet de vie personnalisé du résident. L’énorme point noir de l’animation en Ehpad, c’est le financement qui repose sur le tarif hébergement.

En 2009, Nora Berra, alors secrétaire d’État chargée des Aînés, s’était engagée lors de notre congrès à faire glisser le budget animation sur la tarification dépendance. Elle s’est ensuite assise sur ses promesses ! Selon notre enquête menée en 2011, 8,76 centimes d’euros par jour et par résident sont consacrés à l’animation. Hors frais du personnel et investissements, 5,08 euros par jour et par résident sont consacrés aux soins. La différence est criante alors que les Ehpad sont avant tout des lieux de vie.

Ces montants sont significatifs de l’extrême faiblesse des sommes allouées à l’animation et à la vie sociale, surtout si on les compare au prix de la journée des établissements. On assiste à des reculs dans certains services ou structures, l’animation devenant alors une variable d’ajustement budgétaire. Comment répondre aux recommandations de l’Anesm sur la qualité de vie dans les établissements si l’on n’a pas de moyens financiers ?

Quelles actions comptez-vous mener à ce sujet ?

Le débat sur la perte d’autonomie, commencé puis stoppé, a porté essentiellement sur la perte d’autonomie fonctionnelle. Quid de la perte d’autonomie sociale ? C’est à croire que l’on a oublié que la principale cause des morts de la canicule en 2003 était l’isolement social des personnes âgées. À l’occasion du 7e Congrès national de l’accompagnement et de l’animation en gérontologie fin novembre, nous remettrons notre Livre blanc à Michèle Delaunay, ministre chargée des Personnes âgées et de l’Autonomie. Ce document présentera notre état des lieux et nos demandes pour les mois et années à venir. Un terme sera mis en avant de façon offensive : la non-traitance des résidents. L’idée que nous souhaitons porter auprès des pouvoirs publics, des professionnels et du grand public, c’est qu’il y a des besoins des résidents qui ne sont pas pris en compte.

L’animation a-t-elle un rôle thérapeutique à jouer auprès des résidents de plus en plus dépendants ?

L’animation thérapeutique, je n’y crois pas. On ne vit pas pour être soigné, on est soigné pour vivre. Par ailleurs, concernant la maladie d’Alzheimer, on voit se développer l’animation axée sur la stimulation cognitive mais aucune étude n’a encore prouvé l’efficacité de cette approche. Le rôle de l’animation est de s’adapter au public même dans les cas de très forte dépendance ; ce n’est pas de restaurer des capacités cognitives mais de restaurer le lien social, la vie sociale. On est dans le plaisir, dans la sensibilisation de la personne âgée à son environnement et non dans la performance. Les choses sont claires. Lorsque l’animation est confiée à des soignants, c’est en quelque sorte un détournement de fonds organisé, une manière pour l’établissement de la financer sur le forfait soins.

Le 7e Congrès national de l’accompagnement et de l’animation en gérontologie se tiendra les 27 et 28 novembre à Paris. Pour quelles raisons avez-vous choisi comme thème l’innovation ?

Innover, cela suppose de s’adapter aux souhaits du public. Les personnes âgées actuellement accueillies en établissement ont connu la Seconde Guerre mondiale. Leurs attentes en terme d’animation n’ont rien à voir avec celles des générations à venir. Les futurs résidents des Ehpad auront, eux, connu une vie de loisirs. Il est essentiel de prendre en considération ces évolutions sociologiques. En 2030, que devra-être l’animation ? Il nous faut réfléchir, dès à présent, sur les désirs et les envies des personnes âgées qui seront accueillies dans dix ans au sein des structures.

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