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Quelle attitude les équipes doivent-elles adopter ? Non classé

Attitude des équipes

Attitude des équipesLes rapports humains en Ehpad sont régis par les mêmes principes que n’importe quel autre lien social et se révèlent donc d’une grande complexité. C’est bien ainsi qu’il faut les appréhender. Il serait donc vain et surtout illusoire de dresser une liste des bonnes pratiques en matière de relations humaines car celles-ci relèvent pour beaucoup de l’intuition. Cela n’empêche toutefois pas d’avoir en tête quelques principes d’action clairs.

 

 

 

1. Proposer, ne jamais forcer

Toujours laisser le libre choix, telle est la règle de base. C’est ce que rappelle l’article 1 de la Charte des droits et libertés de la personne âgée dépendante : « Toute personne âgée dépendante garde la liberté de choisir son mode de vie. » Et cela commence par ne pas imposer à tout prix des temps de vie commune à ceux qui désirent, ponctuellement ou durablement, rester seuls. Léa (le prénom a été modifié), infirmière en Ehpad, constate : « L’exemple des repas est flagrant. Ils sont, dans l’immense majorité des établissements, obligatoirement pris en salle commune sauf contre-indication médicale. Or, certains résidents veulent manger seuls. Pourquoi le leur refuser ? Autre exemple : trop souvent, une fois la toilette des résidents faite, on les conduit dans la salle commune même s’ils n’ont rien à y faire. Il y a comme une sorte de croyance qui veut qu’il faudrait être tout le temps en groupe. Pourquoi imposer cela en fin de vie ? Ce n’est pas le cas dans les autres sphères de la vie. Il faut respecter le besoin d’intimité de chacun. C’est un droit.»

 

2. Favoriser sans s’immiscer

Tout en respectant ce droit fondamental à la libre décision, les soignants peuvent se révéler de précieux déclencheurs de relations ou, du moins, révélateurs de certaines affinités. Étant au contact des résidents en permanence, ils en sont souvent les premiers confidents. Par exemple, en découvrant que Monsieur X et Madame Y aiment tous deux le théâtre, le soignant peut les en informer respectivement s’ils le désirent. Attention, toutefois : le soignant doit agir uniquement comme un transmetteur d’informations, une sorte de média mais pas comme un entremetteur.

 

3 – Connaître les résidents

Il est extrêmement important de bien connaître les résidents, de prendre le temps d’apprendre leur histoire, de savoir d’où ils viennent… Là encore, cela peut être créateur de lien social. L’Anesm, dans ses recommandations de bonnes pratiques précitées, encourage par exemple à organiser des journées à thème pour partager les coutumes et traditions des résidents et ainsi mettre à jour d’éventuels points communs. Un autre moyen de susciter un échange peut être d’afficher sur la porte de la chambre une photo ou une carte postale de la ville ou de la région d’origine du résident. Qui sait si cela ne suscitera pas un souvenir chez un autre résident et permettra d’engager un dialogue.

 

4 – Connaître les affinités et les inimitiés

C’est ce qui permet de repérer et de désamorcer les conflits et les disputes. Il s’agit, là encore, de se montrer particulièrement attentif à chacun. « Nous-mêmes, aimons-nous avoir à supporter quelqu’un que l’on n’a pas choisi, voire que l’on n’aime pas ? demande Léa. Si l’on constate que Monsieur X et Madame Y ne peuvent pas se supporter, on peut alors les orienter vers des activités et des pôles de vie différents. »

 

5 – Soigner le temps du repas et la commensalité

Le repas est un moment primordial dans la vie en Ehpad. Il doit être attentivement réfléchi par les équipes: « Il est très compliqué de gérer la prise des repas et la salle à manger commune. On a souvent des tablées importantes et le placement peut être compliqué. Par exemple, quand certaines tables fonctionnent très bien et que, pour une raison ou pour une autre, on doit changer quelqu’un de place, cela peut engendrer un déséquilibre et devenir un casse-tête selon les affinités et les animosités, sans parler des degrés de dépendance. Il faut également penser l’organisation géographique selon les handicaps : on ne peut pas mettre quatre résidents appareillés autour de la même table. Là, cela relève de la tâche des soignants d’intervenir dans les relations », explique Léa.

 

6 – Parler et échanger en équipe

Le travail en Ehpad est dur, parfois routinier, et les soignants manquent souvent cruellement de temps et de moyens. Le cadre institutionnel rajoute lui aussi de la contrainte. Cependant, il faut pouvoir se remettre en question et s’interroger en équipe, en particulier sur la culture de l’établissement en matière de rapports humains.    

 

 


 

« Trouver un consensus pour en faire un moteur de liens »

 

Éric Seguin, Directeur général du Sivu (syndicat intercommunal à vocation unique) des rives de l’Elorn à Guipavas (Bretagne), refuse que les animations puissent une source d’ostracisme.

 

En quoi l’animation joue-t-elle un rôle dans les relations ? Elle doit être adaptée aux résidents. Par ailleurs, il faut savoir jongler entre les envies et les centres d’intérêt, y compris ceux des soignants car il n’y a rien de pire qu’un professionnel qui s’ennuie dans son métier. Par exemple, lors de la projection d’un film, les plus anciens vont être adeptes de Laurel et Hardy ou de Charlie Chaplin et d’autres, plus jeunes, réclameront Rambo ! C’est le cœur du problème en matière d’animation : si l’on veut qu’elle profite à tous et soit un moteur de lien, il faut parvenir à trouver un consensus. C’est loin d’être facile mais possible si l’on s’en donne les moyens.

 

Comment parvenir à ce consensus ? Dans le cas d’animations où le résident est spectateur, par exemple, lors d’un concert ou d’une séance de cinéma, il s’attend, comme tout un chacun, à un minimum de silence de la part des gens autour pour profiter de l’œuvre. Certains ont la capacité de rester assis un long moment. D’autres pas et vont, par exemple, émettre des cris en permanence. Cela peut induire l’expression compréhensible d’une forte exaspération. Pour autant, peut-on se baser là-dessus et empêcher leurs auteurs de profiter de l’œuvre ? Chacun doit pouvoir légitimement profiter de ce que propose la résidence et des moments collectifs. Cela, il faut l’expliquer.

 

Quel positionnement l’établissement doit-il adopter ? Il serait très facile de dire que l’animation est destinée aux résidents les plus capables. De fait, on exclurait institutionnellement ceux qui ne sont pas en capacité de le faire. C’est, de mon point de vue, inconcevable. L’animation en Ehpad est un droit accessible à tous. Libres à ceux qui le veulent d’y participer en connaissance de cause. Ils savent que nous allons à tout prix maintenir la possibilité, pour les personnes les plus vulnérables et les plus dépendantes, de participer à une animation. Tous paient pour cela. Mais ceux qui ne veulent pas être importunés par ce public ont, eux, le choix de le faire ou pas. Quand un feu d’artifice est organisé, il est financé par toute la collectivité locale. Pour autant, tout le monde s’y rend-il ? Rien n’est moins sûr. On essaie de faire comprendre à nos résidents qu’ils sont certes dans une institution mais qu’ils ont des marges de manœuvre et qu’ils peuvent décider. On ne leur impose rien : on incite, on stimule, on sensibilise. On les encourage à participer à la vie collective. S’ils ne le veulent pas, libres à eux. Mais s’ils le désirent, quelle que soit leur situation, il faut leur permettre d’y participer en organisant un accueil confortable et ouvert à tous.


 

 

 

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