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“L’animation se situe sur l’animation de la vie sociale et culturelle des personnes, et pas sur la restauration de capacités”. Bernard Hervy Les interviews

 

Bernard Hervy

Animateur-coordonnateur, formateur, auteur, fondateur et vice-président du GAG (Groupement national des Animateurs en Gérontologie). Ses travaux au ministère des Personnes âgées en 2003 et 2004 sont à l’origine des qualifications interministérielles de « l’animation sociale » qui structurent maintenant le métier.

Quelle sera l’influence du déremboursement des médicaments Alzheimer sur la fréquentation des animations ?

Bernard Hervy : Les animateurs n’ont pas de compétence pour juger de l’efficacité de médicaments ou de l’intérêt de leur déremboursement. Ce sont les médecins gériatres et neurologues qui peuvent apporter leur expertise. Si, comme l’affirme le ministère de la santé, leur efficacité était faible, les conséquences sur les capacités des personnes et sur leur participation aux animations seraient mineures.

Que pensez-vous des demandes de développement d’animations thérapeutiques ou de thérapies non-médicamenteuses ?

Bernard Hervy : ll convient de ne pas mélanger les approches et les priorités :

Les maladies de type Alzheimer sont effective- ment des maladies dont les caractéristiques sont de mieux en mieux connues. Ce sont des neurotransmetteurs qui sont détruits, et aujourd’hui, c’est irréversible, on ne sait pas les réparer. Ce n’est pas un jeu, une activité ou un support qui les réparera. Méfions-nous des affirmations peu réalistes !

Les approches non-médicamenteuses sont des approches thérapeutiques qui n’utilisent pas de médicaments, mais elles demeurent des approches thérapeutiques, et elles tentent de justifier leur pertinence par cet aspect. Mais si des études montrent des aspects positifs sur le bien- être des personnes, aucune ne montre d’améliora- tion des compétences et des performances (physiques, psychiques et mnésiques). L’étude PAQUID menée en France depuis 30 ans sur deux départements parle de « résultats non significatifs » pour ces approches.

Très clairement, l’animation se situe sur l’animation de la vie sociale et culturelle des personnes, et pas sur la restauration de capacités (cela est du ressort de thérapies). Cette orientation est très claire dans les référentiels des diplômes. Placer l’animation dans les approches thérapeutiques (même non-médicamenteuses) est une erreur.

Les établissements sont définis comme à la fois lieux de soin et lieux de vie, dans des approches différentes et complémentaires. Certaines tentatives pour en faire des lieux de soins et des lieux de vie thérapeutisés (même non-médicamenteux) induisent une perte de sens.

Prenons deux exemples :

€ Quand un cardiologue dit à une personne que l’activité sexuelle a des bienfaits sur son cœur, on peut le croire ! Mais si cette activité est faite uniquement ou principalement sur des visées thérapeutiques (curatives ou préventives), on en perd le sens fondamental pour la personne, la relation avec le partenaire et le plaisir. Il convient ici de parler de conséquences secondaires et non d’objectif principal.

€ Je vois encore, ici ou là, des « ateliers mémoire », censés être thérapeutiques et améliorer les performances mnésiques, sans preuve malheureusement. Souvent il s’agit de groupes échangeant sur les souvenirs (y compris anciens) des personnes, où elles vont pouvoir revivre des souvenirs, s’exprimer et même échanger ; nous sommes sur des animations améliorant la vie relationnelle et sociale. Mais pourquoi parler alors de thérapie ? Probablement parce que nous sommes dans des institutions dominées par le soin, mais faire cela revient à minorer toute l’importance d’un lieu de vie conviviale et respectueux.

Mais où en est l’animation avec les personnes âgées ?

Bernard Hervy : Les quinze dernières années ont été celles de la professionnalisation du secteur, et notre enquête de 2017 donne une vision fiable des évolutions : professionnalisation bénéfique aux per- sonnes âgées, mais faiblesse de la reconnaissance et des moyens.

Aujourd’hui dans les établissements, on a un animateur pour 65 résidents (1 pour 97 en 2003) et 75% ont une formation professionnelle (19% en 2003). Ce faible nombre n’est pas compensé par les moyens : la moyenne nationale des budgets de fonctionnement animation (hors investissement et hors charges salariales) est aujourd’hui 0, 122 €/jour/ personne en EHPAD. Nous sommes dans une animation sinistrée dans un secteur gérontologique délaissé. Voir enquête sur www.forumdugag.com

Depuis 5 ans, le GAG se bat pour l’amélioration de ces moyens, mais aussi en créant des outils nouveaux pour les animateurs (avec l’aide de partenaires comme la CNSA, la Fondation de France, les caisses de retraite AGIRC-ARRCO, …) :

Par exemple, l’outil « Acteur-à-Vie » pour aider à construire, suivre et évaluer les projets personnalisés : https://acteuravie.fr/

Autre exemple, le partage de supports d’animation via notre plateforme « Culture-à-Vie ». Aujourd’hui, après 3 ans de fonctionnement, 37 départements (notre porte d’entrée privilégiée car ils ont la responsabilité de la qualité de vie des personnes âgées) sont abonnés, 1 900 structures sont inscrites et partagent les 680 contenus en ligne (+ 3 chaque semaine) venant de plus de 150 animateurs différents. www.culture-a-vie.com

Une nouvelle plateforme verra le jour en fin d’été avec des outils professionnels et des possibilités de travail collaboratif entre animateurs de nos réseaux.

Nos congrès nationaux se développent. Le prochain, les 26 et 27 novembre à Nantes travaillera sur « le quotidien social » des personnes âgées. www.congres-cnaag.com

Ils se diversifient avec notre participation au Congrès des Ages et du Vieillissement (Paris, 6 et 7 septembre) avec de nombreux partenaires professionnels, retraités, bénévoles, … www.congres- cnaag.com

Quelle est votre position sur les mouvements dans les établissements et sur les réponses apportées ?

}B.H : Tout d’abord, la solidarité avec nos collègues qui travaillent dans des conditions très difficiles. Mais un désaccord sur certaines revendications, comme sur les réponses actuelles. Nous souhaitons un changement de point de vue :

zLes années post-canicule ont vu des augmentations de moyens, y compris en personnel (environ + 10%). Force est de constater qu’elles n’ont pas changé le paysage !

Les augmentations de postes de soignants ne sont qu’une partie de la réponse, et cette réponse risque de ne pas être efficace vu les difficultés de recrutement.

Les personnes âgées qui arrivent ont d’autres attentes, d’autres exigences, (en particulier celles qui arriveront demain, issues du baby-boom d’après-guerre) ; une adaptation de nos structures ne sera pas suffisante, une transformation pro- fonde est nécessaire.

Il nous faut dès maintenant changer nos priorités : sécurité et soins seront demain perçus comme des éléments de base, et, pour les populations à venir, la possibilité de vivre ses envies, le respect de sa liberté, l’ouverture deviendront essentiels.

Quelle place voyez-vous pour les aidants ?

B.H : Comme Geneviève Laroque nous le disait lors de sa dernière intervention à notre congrès, la dualité aidant-aidé est réductrice ; elle préférait que l’on parle d’entraide et de solidarité. La situa- tion des familles ne peut pas se réduire à un seul rôle, elle est complexe. Je préfère parler des proches (familles, voisins, amis), ils ont plusieurs rôles (y compris familiaux et affectifs), et cette réduction au seul rôle d’aidant participe à la perte de sens et aux difficultés des proches.

Le développement des projets personnalisés peut participer à leur investissement. Mais, ici aussi, il nous faut modifier nos pratiques, leur faciliter l’accès à ces projets à toutes les étapes et les considérer comme acteurs. L’inclusion encore fréquente des projets personnalisés dans les dossiers de soins (quel qu’en soit le prétexte ou la raison affichée) fait que ces projets ne sont pas accessibles aux proches. La seule solution est de les faire sur d’autres espaces ouverts aux coopérations, comme sur « Acteur-à-Vie ».

Et pour les personnes âgées très dépendantes qui ne veulent plus rien, ou qui ne peuvent plus réaliser leurs souhaits ?

B.H: L’expérience montre qu’une personne encore en vie attend quelque chose de sa vie. Parfois elle n’en a que des bribes, elle a des difficultés à l’exprimer, et parfois elle le cache, ce qui est son droit. J’entends souvent « ils ne veulent plus rien », mais la réalité est que nous n’avons pas trouvé. Là aussi, il nous faut changer !

Dans des situations de désorientations importantes, le raisonnement est parfois très faible ; restent les approches sensorielles que l’animation connait bien, et avec des résultats. Mais ce n’est possible qu’en groupes restreints, ce qui est aujourd’hui difficile avec un animateur pour 65 !

Une transformation complète vous semble nécessaire ?

B.H : Oui, mais en ne jetant pas le bébé avec l’eau du bain ! Les approches médicales et soignantes restent indispensables. Il faut les compléter de façon déterminée par des approches psycho-sociales solidement construites et non bâties sur des leurres. L’animation de la vie sociale en fait partie. Il nous faut passer d’une logique unique de réponse aux besoins, à une perspective complète et ouverte où les souhaits des personnes sont essentiels.

Daniel Balavoine (un des porte-parole de la génération qui arrive) nous le disait dès 1985 dans sa chanson « Sauver l’amour » : « Comment retrouver le goût de la vie ? Qui pourra remplacer le besoin par l’envie ? » La demande de notre public demain ! L’enjeu de transformations nécessaires !

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